10 août 2011

Tirer à boulets rouges sur l’indexation automatique, c’est de l’idéologie!

En juin, l’OCDE est revenue avec une attaque en règle de l’indexation automatique belge. La chose est coutumière et ne nous surprend pas en soi. Mais cette attaque vient s’ajouter à une série d’attaques plus récentes, depuis que la Belgique sort peu à peu de la crise économique et financière historique que le monde vient de traverser. Et l’on peut vraiment se demander pourquoi, alors que notre pays est l’un de ceux qui s’en sort le mieux pour le moment. Tant au niveau de la croissance que de l’emploi ou du déficit public, la Belgique fait mieux que la moyenne de la zone euro. Pour les perspectives de croissance en 2012, elle fait même mieux que l’Allemagne, de plus en plus systématiquement citée comme "modèle"!

Il est vrai que l’indexation automatique peut poser problème en cas de forte inflation. Mais ici, il n’y a pas un, mais deux leviers d’action! Ce n’est pas l’indexation automatique qu’il faut réformer ou supprimer, mais les excès d’inflation! Les travailleurs ont droit à ce que le pouvoir d’achat de leur salaire soit préservé. Pour des raisons sociales mais aussi économiques: il faut bien que les gens soient en mesure d’acheter ce qu’on produit! En plus, ils ont déjà renoncé à une partie de leur pouvoir d’achat puisque l’indexation se fait avec l’indice santé (sans les carburant, l’alcool et le tabac), et que l’adaptation n’est pas immédiate (elle se fait par exemple une seule fois par an dans de nombreux secteurs). Il nous semblait d’ailleurs que c’était pour ces raisons qu’Olli Rehn, commissaire européen au affaires économiques et monétaires, avait déclaré que notre système d’indexation était "très intelligent" et "pas obsolète"!

Le vrai problème n’est donc pas l’indexation automatique belge, mais l’évolution des prix. Le gouvernement lui-même suit cette voie: il a préparé une réforme pour que la formation des prix du gaz et de l’électricité soit mieux encadrée. Il faut aussi investir massivement dans l’amélioration de l’efficacité énergétique pour que le poste "énergie" pèse moins dans le budget des ménages. Mais l’énergie n’est pas le seul problème. On attend toujours une évaluation de la baisse de la TVA dans l’Horeca parce qu’au contraire, les prix ont continué à augmenter dans ce secteur! La Belgique se distingue aussi par ses prix élevés dans le secteur de la distribution (le ministre de l’Economie a d’ailleurs commandé une étude à ce sujet). Agissons donc à la source, plutôt que de réformer le système.

Alors, ceux qui critiquent l’indexation automatique disent que la Belgique perd en compétitivité par rapport à ses principaux partenaires commerciaux. C’est oublier que lorsqu’on prend en compte les différents subsides salariaux aux entreprises, l’écart salarial depuis 1996 par rapport aux trois pays voisins ne s’élève qu’à 1%. Et cet écart est entièrement dû à la politique de modération des salaires en Allemagne, qui est nuisible à l’économie européenne! Nous ne répéterons jamais assez que ce qui fait le succès des exportations allemandes, c’est le type de produits que l’Allemagne exporte vers des marchés en forte croissance. La modération salariale permet seulement de conserver des marchés en Europe au détriment des autres pays européens. L’économie européenne, dans ce sens, n’y gagne rien! Et puis, est-ce cela, le grand projet européen: se développer en se faisant concurrence sur les salaires? C’est une voie sans issue. Il faut, au contraire, travailler sur l’innovation, la recherche et l’amélioration de l’efficacité énergétique et de l’utilisation des matériaux. Ce sont ces leviers-là qui assureront le dynamisme économique de notre pays dans les années à venir.

Claude Rolin,
secrétaire général de la CSC

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