7 juillet 2011

Une aumône pour les chômeurs de longue durée !

Note du formateur

Mardi dernier, la CSC et les autres syndicats ont très vivement réagi à la note du formateur Elio Di Rupo. La virulence des propos a surpris nos partisans comme nos détracteurs et par conséquent elle a provoqué une petite onde de choc. Tant mieux car c’était également notre objectif. Pour quatre raisons.

Premièrement, la note d’Elio Di Rupo comporte bien évidemment des points positifs. L’inverse serait tragique! Et l’on ne peut pas nier que le formateur va au-delà des attentes sur le plan fiscal, notamment avec l’impôt sur les plus-values spéculatives, l’impôt de crise sur les grosses fortunes, l’augmentation du précompte mobilier, la majoration de la taxe boursière et également la limitation de la déduction des intérêts notionnels. Or, après les premières réactions modérément positives des employeurs, on constate déjà que l’opposition du monde patronal et financier s’organise pour torpiller ces propositions l’une après l’autre et ne conserver au final que les mesures pénibles pour les travailleurs et les allocataires sociaux. Nous en avons déjà été témoins lors des précédents programmes d’assainissement.

Deuxièmement, ces mêmes adversaires des nouvelles recettes estiment que les coupes sombres d’Elio Di Rupo ne sont pas suffisantes. Ils cherchent à se convaincre que le formateur ne s’attaque pas aux tabous des syndicats et ils s’efforcent de créer un climat qui, en marge, permettra d’éroder un peu la protection sociale. Or il s’agit déjà d’une accumulation de mesures particulièrement douloureuses en matière de chômage, de crédit-temps, d’interruption de carrière, de prépension, de pensions anticipées et de pensions, la plus douloureuse étant incontestablement la condamnation des chômeurs de longue durée à l’aumône (cf. infra).

Troisièmement, nous devons élaborer une politique de l’emploi plus crédible. Elio Di Rupo espère créer 250.000 emplois d’ici à 2015. Mais ce qu’on lit surtout dans sa note, c’est qu’il entend accroître la demande d’emplois. Sans la moindre perspective de générer en contrepartie des offres d’emploi supplémentaires de qualité. Pour les jeunes et les seniors.

Quatrièmement, il est exaspérant d’entendre la manière dont on parle aujourd’hui des travailleurs et des allocataires sociaux. Des jeunes qui « tirent au flanc ». Des chômeurs qui « paressent dans leur hamac ». Des travailleurs qui « aspirent seulement à prendre congé, en prolongeant un congé parental ». Des seniors qui « cherchent uniquement à faire supporter aux jeunes générations le coût de leurs privilèges »… Il serait bienvenu de faire preuve d’un minimum d’empathie à l’égard des difficultés auxquelles ces groupes sont confrontés. C’est également le message que nous avons voulu faire passer.

380.000 pauvres en moins?

Ce type d’empathie serait particulièrement bienvenu à l’égard des chômeurs de longue durée. D’aucuns affirment que le fait qu’Elio Di Rupo accepte enfin d’accroître la dégressivité de l’assurance-chômage, avec une allocation minimum après une deuxième période (plus limitée), constitue déjà une avancée. Ces mêmes personnes estiment que l’on peut aller un peu plus loin, de préférence en cessant le versement de toute allocation après un certain temps. Ont-elles seulement imaginé ce que le chômage impose à un jeune? A un senior? Jour après jour, ils se voient claquer la porte au nez lorsqu’ils se présentent dans des entreprises… imaginent-elles ce que cela représente? Se sont-elles jamais représenté ce que cela signifie de devoir s’en sortir avec une allocation de chômage minimum? S’imaginent-elles à quel point les chômeurs trouvent injuste d’être «accusés» de chômage de longue durée après une crise financière engendrée par l’arrogance et la cupidité des marchés financiers?
Et se sont-elles interrogées sur la manière dont on va comment combiner cet effort demandé aux chômeurs de longue durée avec le nouvel objectif belge, inscrit dans le programme de réforme belge pour la stratégie Europe 2020, qui entend réduire de 380.000 le nombre de personnes confrontées à un risque de pauvreté ou d’exclusion? Le minimum pour un chômeur isolé s’élève actuellement à 881 euros par mois. Pour un chef de ménage au chômage, il est de 1.048 euros. Ce montant sera majoré de 2% dès le 1er septembre, grâce au projet d’accord interprofessionnel. Il passera donc à 899 euros par mois pour un isolé et à 1.069 euros par mois pour un chef de ménage. Or, ce montant pour les isolés reste encore 8% en-dessous de la norme européenne (actualisée) en matière de pauvreté.

Pour les chefs de ménage (avec conjoint), cet écart est de 27%. N’est-il donc pas tout à fait normal que les syndicats critiquent le fait que certains plongent les chômeurs de longue durée dans la pauvreté en instaurant cette nouvelle dégressivité? Et est-il normal que la Belgique manque à son engagement à l’égard de l’Europe de réduire la pauvreté et l’exclusion?

Blog de l’été

Il s’agit seulement de l’une des critiques formulées à l’encontre de la note d’Elio Di Rupo. Nous passerons également les autres parties de cette note au crible avec la même précision, mais pas sans faire preuve d’empathie à l’égard du formateur confronté à un défi relativement important. Nous analyserons aussi avec la même rigueur diverses autres pistes qui circulent. Nous entendons le faire au travers de ce blog qui relaiera nos positions jusqu’au début de la nouvelle année d’activité syndicale. Dans le prolongement du «blog de l’été» que nous avions rédigé l’an dernier. En guise d’antidote. See you soon.

Luc Cortebeeck, Président de la CSC

1 commentaire:

  1. Empathie, aumône et solidarité.

    L'aumône est suffisante pour démontrer son empathie vis-à-vis d'un groupe défavorisé. Elle ne l'est pas pour les personnes vis-à-vis desquelles on marque sa solidarité.

    Petite précision : il est question en permanence, dans ce post et dans les interviews, des travailleurs et des allocataires sociaux, comme s'il s'agissait de deux catégories différentes.

    La CSC ne compte-t-elle pas dans ses rangs ce qu'elle reconnaît comme des "Travailleurs sans emploi" ? Où les classe-t-on ? Parmi les allocataires sociaux ou parmi les travailleurs ?

    Et les pensionnés ? Ils se laissent aussi réduire à la deuxième catégorie ? Ils ne seraient plus des travailleurs ? A leur place, je m'offusquerais.

    Comme l'explique Bernard Friot, avec l'allocation, on est dans des logiques qui sont déjà strictement financières (Une allocation, c'est simplement un revenu) et on quitte les logiques salariales. Car un salaire, c'est beaucoup plus qu'un simple revenu. C'est un droit social et politique. C'est la somme que l'on reçoit à la fin du mois mais aussi tout ce que l'on met dans les caisses de sécurité social au titre de la solidarité avec les travailleurs qui pour l'une ou l'autre raison ne sont pas en activité.

    Friot propose de faire marche arrière et de revendiquer un salaire à vie pour tous, ce qui présente des avantages considérables, notamment pour retirer leur carburant aux marchés financiers dont l'arrogance et la cupidité sont dénoncés par ce post.

    C'est bien plus qu'une simple aumône ou qu'une simple allocation que l'on doit donc aux chômeurs (fussent-ils de longue durée) au nom de la solidarité.

    C'est un salaire et les droits qui vont avec.

    Quant aux devoirs des travailleurs sans emploi, il faudrait savoir jusqu'où il faut leur faire quitter leur prétendu hamac et quel instrument on utilise pour ce faire : la carotte ou le bâton ?

    Nous acceptons bien trop souvent que des bâtons soient utilisés en même temps que de simples espoirs de carottes ...

    Puisse le contenu de cette note et la réaction patronale qu'elle a provoquée nous donner les armes nécessaires pour dénoncer l'absurdité et l'iniquité des arguments qui sont déployés. Ces arguments sont d'ailleurs les mêmes qui servent de base au pacte pour l'euro contre lequel nous avons manifesté récemment.

    Vivement que ça bouge dans nos têtes et dans nos vies. Bonnes vacances à tous ...

    Un chômeur qui retourne à son hamac, mais pas tout de suite ...

    D. Massillon

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