Depuis quelques mois, il est à nouveau beaucoup question de l’effet « Matthieu » (Matthieu 13,12. «Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il a ») comme leitmotiv pour les assainissements budgétaires de 22 milliards. Le raisonnement tenu est le suivant : la redistribution des revenus, que l’on tente de réaliser grâce aux équipements collectifs, à la protection sociale et à une fiscalité progressive, est en partie contrecarrée par le fait que les plus fortunés bénéficient d’une trop grande part des dépenses publiques.
Bea Cantillon et son équipe du «Centrum voor Sociaal Beleid» ont spécifiquement dénoncé ce phénomène pour les dépenses relatives aux garderies. Jef Pacolet du «Hoger Instituut voor de Arbeid» a fait de même pour le «pays de cocagne» des dépenses fiscales. Jos Berghman de la KULeuven s’en est pris aux pensions complémentaires. Presque tous les spécialistes du marché de l’emploi critiquaient unanimement les «chèques formation». Et les mesures d’aide en faveur des énergies renouvelables ou des économies d’énergie ont fait récemment une quasi unanimité contre elles.
Je me méfie toujours d’un tel unanimisme, parce qu’une «pensée unique» poussée à ce point émousse la réflexion critique. Et aussi parce que personne ne décèle plus les dangers d’un fonctionnement naïf et exagéré de cette pensée unique.
L’envers et l’endroit
Lorsqu’on analyse le rôle des pouvoirs publics et de la sécurité sociale en matière de redistribution des revenus, il faut toujours envisager deux aspects: les dépenses, mais aussi les recettes. Or ce deuxième point est souvent passé sous silence.
Bien entendu, on constate souvent que les travailleurs qui gagnent mieux leur vie profitent plus de certaines dépenses publiques. Mais attention, ces travailleurs financent aussi ces dépenses suite à une fiscalité progressive et à des cotisations sociales proportionnelles. Aujourd’hui, bien sûr, cette progressivité (appelée aussi proportionnalité) est remise en cause de quantité de manières. Mais avant de parler d’une redistribution à rebours, il vaudrait mieux commencer par une analyse critique de l’ensemble des revenus comme des dépenses.
Depuis dix ans, on a beaucoup misé sur quelques outils politiques spécifiques ciblés sur les travailleurs et sur les personnes qui vont entamer une carrière professionnelle. Ces mesures visaient surtout à promouvoir la participation des femmes au marché de l’emploi et la participation des travailleurs à la formation: garderies, crédit-temps, interruption de carrière, titres-services, chèques formation, etc. Il s’agit par définition de dépenses qui profitent totalement ou essentiellement à des ménages composés de travailleurs et, en particulier aussi, à des ménages à deux revenus. Par contre, elles ne profitent guère aux pauvres. Aujourd’hui, ce constat est habilement utilisé pour laisser entendre que toutes ces dépenses publiques n’ont aucune valeur sociale ajoutée. Et par conséquent pour procéder à des assainissements qui visent principalement les dépenses, sans s’intéresser aux recettes. Et ainsi, elles sont utilisées surtout pour s’opposer à toute tentative de rendre la fiscalité plus équitable.
De pauvres systèmes
La critique exagérée à l’encontre de l’effet «Matthieu» risque finalement d’inciter à conclure qu’il serait préférable de renoncer à toutes ces dépenses publiques qui bénéficient aux groupes intermédiaires. Le raisonnement est le suivant: face à la nécessité pour l’Etat de trouver 22 milliards d’assainissements et d’assurer la viabilité du vieillissement, nous sommes obligés de procéder à des choix radicaux. Toutes les nouvelles initiatives que nous décidons devraient, de préférence, être limitées aux revenus les plus faibles. Et il vaudrait mieux réorienter vers les revenus les plus faibles toutes les dépenses déjà consenties.
Dans ce cas, il ne resterait en fin de compte que des dépenses publiques et une sécurité sociale qui n’auraient pour seule finalité que de maintenir les gens hors de la pauvreté. Pareil choix serait mauvais puisque, comme on le dit en anglais, «systems for the poor become poor systems». J’en apprécie la traduction littérale: «les systèmes pour les pauvres deviennent des pauvres systèmes».
Il n’y a rien à redire à une politique sociale qui offre aussi un «retour sur investissements» aux groupes intermédiaires. Mieux même, des systèmes uniquement conçus pour les pauvres aggraveraient la situation des pauvres. En effet, pourquoi les groupes intermédiaires, qui en définitive devraient financer ces systèmes et qui devraient aider des politiciens dotés d’une «fibre sociale» à conquérir le pouvoir pour les mettre en place, seraient-ils encore tentés d’investir leur argent et le suffrage qu’ils expriment tous les 4 à 5 ans dans quelque chose dont eux-mêmes ne ressentiraient pas d’utilité immédiate? C’est pour cette raison que le mouvement syndical a toujours été un fervent partisan de la combinaison entre solidarité et assurance dans la sécurité sociale. Ce raisonnement s’applique tout autant à d’autres mécanismes de redistribution.
Piège aux revenus
D’ailleurs, si l’on n’y prend pas garde, les allocations, subventions et structures liées au revenu vont s’accumuler en un rien de temps. Or un constat s’impose de manière incontournable: en général, les travailleurs considèrent qu’une telle sélectivité est particulièrement inéquitable. En effet, ces travailleurs observent bien souvent dans leur entourage la manière dont les indépendants et les professions libérales qui font des affaires florissantes continuent d’accaparer une large part des aides liées au revenu. Aussi longtemps que l’on ne parviendra pas à endiguer la sous-estimation massive des revenus réels, les aides liées au revenu resteront une subvention accordée à ceux qui fraudent et éludent l’impôt. Il s’agit en quelque sorte d’un bonus versé à ceux qui volent la communauté. Tous ces partisans d’une aide limitée en fonction du revenu se sont-ils déjà demandé quelles en seraient les conséquences en termes de pièges au chômage, à l’inactivité, aux bas salaires et aux revenus? Le moindre dépassement des plafonds de revenus risque de faire perdre quantité d’avantages et donc de coûter beaucoup d’argent. Pareille situation est donc tout simplement inconciliable avec l’objectif d’un relèvement du taux d’activité.
Des requins
Il ne faut surtout pas considérer cette réflexion comme une invitation à renoncer au «test Matthieu». Il s’agit plutôt d’une invitation à continuer d’envisager «l’effet Matthieu» comme une partie d’une politique globale de redistribution, qui ne limite pas la redistribution à satisfaire les besoins des pauvres mais qui continue à répondre aux besoins sociaux des groupes intermédiaires, et, surtout, n’offre pas d’alibi à ceux qui veulent jeter aux oubliettes la large solidarité avec les personnes qui ont des besoins spécifiques.
Il faudra donc surtout veiller à ce que «l’effet Matthieu» ne joue pas un rôle dominant, car il ne ferait que renforcer «l’effet Santiago», du nom du vieux pêcheur qui, dans le «Le vieil homme et la mer», un roman d’Hemingway, avait pêché un espadon particulièrement gros: au bord de l’épuisement, il était parvenu à le ramener au port, arrimé au côté de son bateau. Mais il avait alors découvert que les requins avaient dépecé l’espadon, ne laissant plus que la tête et les arêtes...
Chris Serroyen
Chef du service d’étude de la CSC
14 juillet 2011
13 juillet 2011
Indexation des salaires de DSK et Christine Lagarde
Ce n’est pas nouveau: beaucoup d’institutions internationales ou d’instituts économiques s’en prennent volontiers à notre mécanisme d’indexation automatique des salaires, l’une des caractéristiques essentielles du modèle de prospérité belge. L’OCDE (cette semaine encore), la Commission européenne (dans ses prescrits en faveur de la Gouvernance économique), la Banque centrale européenne et notre propre Banque nationale s’inspirent apparemment les uns des autres pour rédiger leur livre de recettes économiques.
Le FMI (Fonds monétaire international) ne vaut somme toute pas mieux. Ainsi, on pouvait encore lire dans son dernier rapport sur la situation économique de notre pays: «Pour accroître la flexibilité dans les négociations salariales et, de cette manière, tenir compte des circonstances différentes des divers secteurs et des effets de second tour liés à la volatilité des prix de l’énergie, il faut réexaminer le mécanisme d’indexation automatique des salaires, y compris dans le secteur public».
Nous avons donc cherché à savoir comment le FMI traite son propre personnel.
Nous n’avons pas réussi à retrouver la politique salariale appliquée pour Jane, assistante administrative, ni pour Jimmy, économiste junior. Par contre, nous n’avons pas dû chercher très loin pour trouver les conditions contractuelles de DSK, l’ancien dirigeant du FMI, ou de Christine Lagarde, qui lui a récemment succédé. Ces conditions figurent dans leurs lettres de nomination respectives, publiées sur le site du FMI. En termes de rémunération, aucune des deux personnalités n’a à se plaindre. Avec un salaire annuel non imposable de 467.940 $, une indemnité forfaitaire de représentation de 83.760 $ et une indemnité journalière non spécifiée pour les déplacements à l’étranger qui vient s’ajouter aux frais de voyage et d’hôtel, le Managing Director ne concurrence certes pas encore les grands de Wall Street, mais sa rémunération peut difficilement être qualifiée de «misérable». DSK et Christine Lagarde n’ont pas non plus à se plaindre de l’indexation automatique de leur confortable rémunération. Prenons la clause 3d des conditions de nomination: tant le salaire que l’indemnité de représentation sont adaptés chaque 1er juillet à l’augmentation en pour cent de l’indice des prix à la consommation de Washington DC. Il ne s’agit donc pas de l’indice des prix moyen des Etats-Unis. Non, cette adaptation est basée sur l’évolution des prix de la région, où l’inflation est supérieure à la moyenne, sans correction pour le tabac, l’alcool et les carburants. Car à Washington DC, personne n’a jamais entendu parler d’un indice santé. Le résultat est facile à calculer: en 3 ans et 9 mois (la période entre la nomination de DSK et celle de Christine Lagarde), le salaire est passé de 420.930 $ à 467.940 $, soit une augmentation moyenne annuelle de 2,86 %. Et nous recevons des leçons de ce genre de personnages, Christine Lagarde en tête, elle qui a contribué à la mise en place du pacte franco-allemand pour la compétitivité, atténué depuis en devenant le Pacte euro plus, dont le but était de proscrire les mécanismes d’indexation automatique dans toute la zone euro.
Le FMI (Fonds monétaire international) ne vaut somme toute pas mieux. Ainsi, on pouvait encore lire dans son dernier rapport sur la situation économique de notre pays: «Pour accroître la flexibilité dans les négociations salariales et, de cette manière, tenir compte des circonstances différentes des divers secteurs et des effets de second tour liés à la volatilité des prix de l’énergie, il faut réexaminer le mécanisme d’indexation automatique des salaires, y compris dans le secteur public».
Nous avons donc cherché à savoir comment le FMI traite son propre personnel.
Nous n’avons pas réussi à retrouver la politique salariale appliquée pour Jane, assistante administrative, ni pour Jimmy, économiste junior. Par contre, nous n’avons pas dû chercher très loin pour trouver les conditions contractuelles de DSK, l’ancien dirigeant du FMI, ou de Christine Lagarde, qui lui a récemment succédé. Ces conditions figurent dans leurs lettres de nomination respectives, publiées sur le site du FMI. En termes de rémunération, aucune des deux personnalités n’a à se plaindre. Avec un salaire annuel non imposable de 467.940 $, une indemnité forfaitaire de représentation de 83.760 $ et une indemnité journalière non spécifiée pour les déplacements à l’étranger qui vient s’ajouter aux frais de voyage et d’hôtel, le Managing Director ne concurrence certes pas encore les grands de Wall Street, mais sa rémunération peut difficilement être qualifiée de «misérable». DSK et Christine Lagarde n’ont pas non plus à se plaindre de l’indexation automatique de leur confortable rémunération. Prenons la clause 3d des conditions de nomination: tant le salaire que l’indemnité de représentation sont adaptés chaque 1er juillet à l’augmentation en pour cent de l’indice des prix à la consommation de Washington DC. Il ne s’agit donc pas de l’indice des prix moyen des Etats-Unis. Non, cette adaptation est basée sur l’évolution des prix de la région, où l’inflation est supérieure à la moyenne, sans correction pour le tabac, l’alcool et les carburants. Car à Washington DC, personne n’a jamais entendu parler d’un indice santé. Le résultat est facile à calculer: en 3 ans et 9 mois (la période entre la nomination de DSK et celle de Christine Lagarde), le salaire est passé de 420.930 $ à 467.940 $, soit une augmentation moyenne annuelle de 2,86 %. Et nous recevons des leçons de ce genre de personnages, Christine Lagarde en tête, elle qui a contribué à la mise en place du pacte franco-allemand pour la compétitivité, atténué depuis en devenant le Pacte euro plus, dont le but était de proscrire les mécanismes d’indexation automatique dans toute la zone euro.
11 juillet 2011
Valeur du travail et des travailleurs
Ces dernières années, la CSC a travaillé dur pour mettre fin au statut de second ordre des ouvriers. Si les fruits de ce travail sont visibles, ils restent encore largement insuffisants parce que nous nous sommes systématiquement heurtés à certaines résistances. Les négociations pour l’accord interprofessionnel (AIP) 2011-2012 l’ont une nouvelle fois démontré. Nous n’avons pas pu dépasser le stade du projet. A la demande du président du Conseil national du travail (CNT), Paul Windey, ce projet comportait deux volets pour le dossier ouvriers-employés : dans les années à venir, une série d’améliorations seraient apportées, essentiellement en matière de chômage temporaire et de licenciement. Elles étaient toutefois liées à un projet d’accord visant à réaliser ce travail dans une période de deux ans.
Finalement, dans son arrêt du 7 juillet 2011, la Cour constitutionnelle a entériné cette approche en grande partie. Elle prend acte des premières améliorations qu’elle trouve même « substantielles » et « témoignant de la volonté expresse (…) de poursuivre, par étapes, l’harmonisation du statut des ouvriers et des employés ». Ce qui est important, c’est que la Cour donne deux ans pour effectuer intégralement le travail, tout comme le faisait le projet d’AIP. D’après la Cour, effectuer « intégralement » signifie finaliser l’harmonisation du statut des ouvriers et des employés. Car c’est bien d’harmonisation qu’il s’agit. Ceux qui continuent à penser qu’un travail de rafistolage et l’élimination de quelques discriminations peuvent suffire, se trompent lamentablement. Une solution globale devra être trouvée. La Cour précise aussi explicitement que la différence « dans les autres matières du droit du travail et de la sécurité sociale » doit faire l’objet d’une discussion. Telle a toujours été l’approche de la CSC.
Lorsque le projet d’AIP a vu le jour, certains ont – peut être trop rapidement – parlé d’un « accord historique » et d’une étape irréversible dans le sens d’un statut commun. Or il n’y a jamais eu d’accord. Et au lieu de faire un pas en avant, on risquait de faire deux pas en arrière. Rétrospectivement, force est de constater qu’ils ont quand même eu raison puisque le gouvernement a repris les premières étapes du projet d’accord et que, maintenant, la Cour constitutionnelle reprend également ce projet d’engagement de résultat, en demandant de présenter une solution globale dans les deux ans à venir. Avec une grande différence toutefois : un accord interprofessionnel se serait limité à un engagement de portée morale. La Cour constitutionnelle refuse à présent à qui que ce soit le droit de reporter ce débat aux calendes.
Evidemment, les employeurs rêvent déjà d’une initiative gouvernementale qui harmoniserait vers le bas et alignerait le statut des employés sur celui des ouvriers. Ce n’est pas la vision de la CSC, contrairement à ce qu’un « journal flamand de qualité » a publié ce 8 juillet .
Les employeurs feraient bien de considérer que ce sont là des vœux pieux ! l’avis du Conseil d’Etat sur le projet de loi transposant le projet d’AIP le montre à suffisance. Le Conseil d’Etat rappelle que l’article 23 de la Constitution – il s’agit de l’article réglant les droits sociaux fondamentaux – fait tout simplement obstacle à une réduction du niveau global de protection en matière de droit du travail et de droit social. Les employeurs feraient donc bien de renoncer à leurs rêves.
La référence à l’article 23 est aussi un argument juridique. Or les arguments juridiques sont utilisés à défaut de mieux. S’il est exact qu’une harmonisation est une nécessité juridique, comme la Cour constitutionnelle l’a une nouvelle fois rappelé, cette fois-ci une échéance a été fixée. Pour la CSC, cette question est et reste une question sociale : donner enfin à l’ouvrier la dignité et la protection qu’il mérite. Il s’agit en outre d’un défi économique car ce n’est pas en maintenant une protection de second ordre que l’on va rendre les formations et les professions techniques et technologiques plus attrayantes pour les jeunes (et les travailleurs plus âgés) qui veulent en faire un gagne-pain.
Finalement, dans son arrêt du 7 juillet 2011, la Cour constitutionnelle a entériné cette approche en grande partie. Elle prend acte des premières améliorations qu’elle trouve même « substantielles » et « témoignant de la volonté expresse (…) de poursuivre, par étapes, l’harmonisation du statut des ouvriers et des employés ». Ce qui est important, c’est que la Cour donne deux ans pour effectuer intégralement le travail, tout comme le faisait le projet d’AIP. D’après la Cour, effectuer « intégralement » signifie finaliser l’harmonisation du statut des ouvriers et des employés. Car c’est bien d’harmonisation qu’il s’agit. Ceux qui continuent à penser qu’un travail de rafistolage et l’élimination de quelques discriminations peuvent suffire, se trompent lamentablement. Une solution globale devra être trouvée. La Cour précise aussi explicitement que la différence « dans les autres matières du droit du travail et de la sécurité sociale » doit faire l’objet d’une discussion. Telle a toujours été l’approche de la CSC.
Lorsque le projet d’AIP a vu le jour, certains ont – peut être trop rapidement – parlé d’un « accord historique » et d’une étape irréversible dans le sens d’un statut commun. Or il n’y a jamais eu d’accord. Et au lieu de faire un pas en avant, on risquait de faire deux pas en arrière. Rétrospectivement, force est de constater qu’ils ont quand même eu raison puisque le gouvernement a repris les premières étapes du projet d’accord et que, maintenant, la Cour constitutionnelle reprend également ce projet d’engagement de résultat, en demandant de présenter une solution globale dans les deux ans à venir. Avec une grande différence toutefois : un accord interprofessionnel se serait limité à un engagement de portée morale. La Cour constitutionnelle refuse à présent à qui que ce soit le droit de reporter ce débat aux calendes.
Evidemment, les employeurs rêvent déjà d’une initiative gouvernementale qui harmoniserait vers le bas et alignerait le statut des employés sur celui des ouvriers. Ce n’est pas la vision de la CSC, contrairement à ce qu’un « journal flamand de qualité » a publié ce 8 juillet .
Les employeurs feraient bien de considérer que ce sont là des vœux pieux ! l’avis du Conseil d’Etat sur le projet de loi transposant le projet d’AIP le montre à suffisance. Le Conseil d’Etat rappelle que l’article 23 de la Constitution – il s’agit de l’article réglant les droits sociaux fondamentaux – fait tout simplement obstacle à une réduction du niveau global de protection en matière de droit du travail et de droit social. Les employeurs feraient donc bien de renoncer à leurs rêves.
La référence à l’article 23 est aussi un argument juridique. Or les arguments juridiques sont utilisés à défaut de mieux. S’il est exact qu’une harmonisation est une nécessité juridique, comme la Cour constitutionnelle l’a une nouvelle fois rappelé, cette fois-ci une échéance a été fixée. Pour la CSC, cette question est et reste une question sociale : donner enfin à l’ouvrier la dignité et la protection qu’il mérite. Il s’agit en outre d’un défi économique car ce n’est pas en maintenant une protection de second ordre que l’on va rendre les formations et les professions techniques et technologiques plus attrayantes pour les jeunes (et les travailleurs plus âgés) qui veulent en faire un gagne-pain.
7 juillet 2011
Une aumône pour les chômeurs de longue durée !
Note du formateur
Mardi dernier, la CSC et les autres syndicats ont très vivement réagi à la note du formateur Elio Di Rupo. La virulence des propos a surpris nos partisans comme nos détracteurs et par conséquent elle a provoqué une petite onde de choc. Tant mieux car c’était également notre objectif. Pour quatre raisons.
Premièrement, la note d’Elio Di Rupo comporte bien évidemment des points positifs. L’inverse serait tragique! Et l’on ne peut pas nier que le formateur va au-delà des attentes sur le plan fiscal, notamment avec l’impôt sur les plus-values spéculatives, l’impôt de crise sur les grosses fortunes, l’augmentation du précompte mobilier, la majoration de la taxe boursière et également la limitation de la déduction des intérêts notionnels. Or, après les premières réactions modérément positives des employeurs, on constate déjà que l’opposition du monde patronal et financier s’organise pour torpiller ces propositions l’une après l’autre et ne conserver au final que les mesures pénibles pour les travailleurs et les allocataires sociaux. Nous en avons déjà été témoins lors des précédents programmes d’assainissement.
Deuxièmement, ces mêmes adversaires des nouvelles recettes estiment que les coupes sombres d’Elio Di Rupo ne sont pas suffisantes. Ils cherchent à se convaincre que le formateur ne s’attaque pas aux tabous des syndicats et ils s’efforcent de créer un climat qui, en marge, permettra d’éroder un peu la protection sociale. Or il s’agit déjà d’une accumulation de mesures particulièrement douloureuses en matière de chômage, de crédit-temps, d’interruption de carrière, de prépension, de pensions anticipées et de pensions, la plus douloureuse étant incontestablement la condamnation des chômeurs de longue durée à l’aumône (cf. infra).
Troisièmement, nous devons élaborer une politique de l’emploi plus crédible. Elio Di Rupo espère créer 250.000 emplois d’ici à 2015. Mais ce qu’on lit surtout dans sa note, c’est qu’il entend accroître la demande d’emplois. Sans la moindre perspective de générer en contrepartie des offres d’emploi supplémentaires de qualité. Pour les jeunes et les seniors.
Quatrièmement, il est exaspérant d’entendre la manière dont on parle aujourd’hui des travailleurs et des allocataires sociaux. Des jeunes qui « tirent au flanc ». Des chômeurs qui « paressent dans leur hamac ». Des travailleurs qui « aspirent seulement à prendre congé, en prolongeant un congé parental ». Des seniors qui « cherchent uniquement à faire supporter aux jeunes générations le coût de leurs privilèges »… Il serait bienvenu de faire preuve d’un minimum d’empathie à l’égard des difficultés auxquelles ces groupes sont confrontés. C’est également le message que nous avons voulu faire passer.
380.000 pauvres en moins?
Ce type d’empathie serait particulièrement bienvenu à l’égard des chômeurs de longue durée. D’aucuns affirment que le fait qu’Elio Di Rupo accepte enfin d’accroître la dégressivité de l’assurance-chômage, avec une allocation minimum après une deuxième période (plus limitée), constitue déjà une avancée. Ces mêmes personnes estiment que l’on peut aller un peu plus loin, de préférence en cessant le versement de toute allocation après un certain temps. Ont-elles seulement imaginé ce que le chômage impose à un jeune? A un senior? Jour après jour, ils se voient claquer la porte au nez lorsqu’ils se présentent dans des entreprises… imaginent-elles ce que cela représente? Se sont-elles jamais représenté ce que cela signifie de devoir s’en sortir avec une allocation de chômage minimum? S’imaginent-elles à quel point les chômeurs trouvent injuste d’être «accusés» de chômage de longue durée après une crise financière engendrée par l’arrogance et la cupidité des marchés financiers?
Et se sont-elles interrogées sur la manière dont on va comment combiner cet effort demandé aux chômeurs de longue durée avec le nouvel objectif belge, inscrit dans le programme de réforme belge pour la stratégie Europe 2020, qui entend réduire de 380.000 le nombre de personnes confrontées à un risque de pauvreté ou d’exclusion? Le minimum pour un chômeur isolé s’élève actuellement à 881 euros par mois. Pour un chef de ménage au chômage, il est de 1.048 euros. Ce montant sera majoré de 2% dès le 1er septembre, grâce au projet d’accord interprofessionnel. Il passera donc à 899 euros par mois pour un isolé et à 1.069 euros par mois pour un chef de ménage. Or, ce montant pour les isolés reste encore 8% en-dessous de la norme européenne (actualisée) en matière de pauvreté.
Pour les chefs de ménage (avec conjoint), cet écart est de 27%. N’est-il donc pas tout à fait normal que les syndicats critiquent le fait que certains plongent les chômeurs de longue durée dans la pauvreté en instaurant cette nouvelle dégressivité? Et est-il normal que la Belgique manque à son engagement à l’égard de l’Europe de réduire la pauvreté et l’exclusion?
Blog de l’été
Il s’agit seulement de l’une des critiques formulées à l’encontre de la note d’Elio Di Rupo. Nous passerons également les autres parties de cette note au crible avec la même précision, mais pas sans faire preuve d’empathie à l’égard du formateur confronté à un défi relativement important. Nous analyserons aussi avec la même rigueur diverses autres pistes qui circulent. Nous entendons le faire au travers de ce blog qui relaiera nos positions jusqu’au début de la nouvelle année d’activité syndicale. Dans le prolongement du «blog de l’été» que nous avions rédigé l’an dernier. En guise d’antidote. See you soon.
Luc Cortebeeck, Président de la CSC
Mardi dernier, la CSC et les autres syndicats ont très vivement réagi à la note du formateur Elio Di Rupo. La virulence des propos a surpris nos partisans comme nos détracteurs et par conséquent elle a provoqué une petite onde de choc. Tant mieux car c’était également notre objectif. Pour quatre raisons.
Premièrement, la note d’Elio Di Rupo comporte bien évidemment des points positifs. L’inverse serait tragique! Et l’on ne peut pas nier que le formateur va au-delà des attentes sur le plan fiscal, notamment avec l’impôt sur les plus-values spéculatives, l’impôt de crise sur les grosses fortunes, l’augmentation du précompte mobilier, la majoration de la taxe boursière et également la limitation de la déduction des intérêts notionnels. Or, après les premières réactions modérément positives des employeurs, on constate déjà que l’opposition du monde patronal et financier s’organise pour torpiller ces propositions l’une après l’autre et ne conserver au final que les mesures pénibles pour les travailleurs et les allocataires sociaux. Nous en avons déjà été témoins lors des précédents programmes d’assainissement.
Deuxièmement, ces mêmes adversaires des nouvelles recettes estiment que les coupes sombres d’Elio Di Rupo ne sont pas suffisantes. Ils cherchent à se convaincre que le formateur ne s’attaque pas aux tabous des syndicats et ils s’efforcent de créer un climat qui, en marge, permettra d’éroder un peu la protection sociale. Or il s’agit déjà d’une accumulation de mesures particulièrement douloureuses en matière de chômage, de crédit-temps, d’interruption de carrière, de prépension, de pensions anticipées et de pensions, la plus douloureuse étant incontestablement la condamnation des chômeurs de longue durée à l’aumône (cf. infra).
Troisièmement, nous devons élaborer une politique de l’emploi plus crédible. Elio Di Rupo espère créer 250.000 emplois d’ici à 2015. Mais ce qu’on lit surtout dans sa note, c’est qu’il entend accroître la demande d’emplois. Sans la moindre perspective de générer en contrepartie des offres d’emploi supplémentaires de qualité. Pour les jeunes et les seniors.
Quatrièmement, il est exaspérant d’entendre la manière dont on parle aujourd’hui des travailleurs et des allocataires sociaux. Des jeunes qui « tirent au flanc ». Des chômeurs qui « paressent dans leur hamac ». Des travailleurs qui « aspirent seulement à prendre congé, en prolongeant un congé parental ». Des seniors qui « cherchent uniquement à faire supporter aux jeunes générations le coût de leurs privilèges »… Il serait bienvenu de faire preuve d’un minimum d’empathie à l’égard des difficultés auxquelles ces groupes sont confrontés. C’est également le message que nous avons voulu faire passer.
380.000 pauvres en moins?
Ce type d’empathie serait particulièrement bienvenu à l’égard des chômeurs de longue durée. D’aucuns affirment que le fait qu’Elio Di Rupo accepte enfin d’accroître la dégressivité de l’assurance-chômage, avec une allocation minimum après une deuxième période (plus limitée), constitue déjà une avancée. Ces mêmes personnes estiment que l’on peut aller un peu plus loin, de préférence en cessant le versement de toute allocation après un certain temps. Ont-elles seulement imaginé ce que le chômage impose à un jeune? A un senior? Jour après jour, ils se voient claquer la porte au nez lorsqu’ils se présentent dans des entreprises… imaginent-elles ce que cela représente? Se sont-elles jamais représenté ce que cela signifie de devoir s’en sortir avec une allocation de chômage minimum? S’imaginent-elles à quel point les chômeurs trouvent injuste d’être «accusés» de chômage de longue durée après une crise financière engendrée par l’arrogance et la cupidité des marchés financiers?
Et se sont-elles interrogées sur la manière dont on va comment combiner cet effort demandé aux chômeurs de longue durée avec le nouvel objectif belge, inscrit dans le programme de réforme belge pour la stratégie Europe 2020, qui entend réduire de 380.000 le nombre de personnes confrontées à un risque de pauvreté ou d’exclusion? Le minimum pour un chômeur isolé s’élève actuellement à 881 euros par mois. Pour un chef de ménage au chômage, il est de 1.048 euros. Ce montant sera majoré de 2% dès le 1er septembre, grâce au projet d’accord interprofessionnel. Il passera donc à 899 euros par mois pour un isolé et à 1.069 euros par mois pour un chef de ménage. Or, ce montant pour les isolés reste encore 8% en-dessous de la norme européenne (actualisée) en matière de pauvreté.
Pour les chefs de ménage (avec conjoint), cet écart est de 27%. N’est-il donc pas tout à fait normal que les syndicats critiquent le fait que certains plongent les chômeurs de longue durée dans la pauvreté en instaurant cette nouvelle dégressivité? Et est-il normal que la Belgique manque à son engagement à l’égard de l’Europe de réduire la pauvreté et l’exclusion?
Blog de l’été
Il s’agit seulement de l’une des critiques formulées à l’encontre de la note d’Elio Di Rupo. Nous passerons également les autres parties de cette note au crible avec la même précision, mais pas sans faire preuve d’empathie à l’égard du formateur confronté à un défi relativement important. Nous analyserons aussi avec la même rigueur diverses autres pistes qui circulent. Nous entendons le faire au travers de ce blog qui relaiera nos positions jusqu’au début de la nouvelle année d’activité syndicale. Dans le prolongement du «blog de l’été» que nous avions rédigé l’an dernier. En guise d’antidote. See you soon.
Luc Cortebeeck, Président de la CSC
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